Découpage de Philippe Marion

4. Méta-intermédialité : intermédialité
comme outil de recherche.

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Alors, quatrième catégorie, quatrième regroupement que je vous proposerai c’est, même si c’est un peu pompeux, l’idée d’une méta-intermédialité ici cette fois. Je prends méta-intermédialité dans l’idée d’une relation au concept. Relation au concept de l’intermédialité et souvent dans un sens heuristique ou dans un sens méthodologique, d’un outil, d’une performance de la notion d’intermédialité.

Alors je placerai dans cet aspect là la proposition de James Cisneros lorsqu’il parle de l’intermédialité comme ekphrasis herméneutique. Alors l’intérêt ici c’est de prendre conscience d’une part d’une imprégnation d’un paysage culturel ambiant qui parle de multimédia, etc., et de l’effort du côté de l’institution universitaire, cette fois, de lui donner corps en le nommant, en l’appelant. Et ça pose évidemment la question : « d’où parle-t-on, qui parle d’intermédialité ? » Donc le lien est intéressant entre l’institutionnalisation du concept par l’université et l’interférence éventuelle sur la notion même. Dès le moment où on nomme les choses, où on sélectionne, on fait violence d’une certaine manière sur la chose elle-même. C’est pour ainsi dire la question de la re-médiation universitaire du concept. L’intérêt est aussi de se demander si l’intermédialité n’est l’indice d’un nouveau rapport entre savoir institutionnel universitaire et média.

Alors c’est aussi la proposition qu’a développé François Jost, en tout cas une idée de s’approprier l’outil, la notion d’intermédialité, pour développer le savoir et développer des démarches scientifiques. Ce qu’il appelle, justement je crois, la vertu heuristique de l’intermédialité. Donc l’intermédialité est un outil, une perspective de recherche et l’idée qui m’a semblée intéressante là, c’est de voir qu’un concept doit faire l’expérience de l’intermédialité pour s’affûter, pour s’affiner. Et on retrouve là l’idée du comparatiste bien connu de travailler non pas sur l’aspect, comme il le dit, ségrégationniste des médias, mais plutôt sur l’aspect comparatif, l’aspect intermédial des médias. Et donc il s’agit là de faire, comme il le dit lui-même, des allers-retours, de transposer un concept dans un autre champ, un autre champ médiatique et de voir comment il se comporte pour le rapatrier après, enrichi bien sûr de son passage intermédial. Donc là on a vraiment l’idée d’une heuristique intermédiale qui me semble intéressante aussi à souligner. Il donne par exemple l’exemple aussi d’une de ces catégories lorsqu’il définit la télévision à partir de mondes ou de modes autentifiants fictionnels ou ludiques. La question du ludique par exemple qui semble plus proche de la dynamique télévisuelle : que devient-elle dès lors qu’elle est transposée dans le monde du cinéma ? C’est ça l’idée donc de transfert, d’heuristique de concept dans le champ de l’intermédialité.

Alors cette idée me semble être aussi la préoccupation de Germain Lacasse lorsqu’il nous a proposé de développer le concept de l’oralité, un concept d’oralité qui justement a été initié dans un cadre bien précis qui est pour lui le cinéma québécois et le problème des bonimenteurs. Il proposait justement d’expatrier ce concept d’oralité notamment en le confrontant à d’autres cinémas : le cinéma africain, voire le cinéma classique, pour voir si ce concept d’oralité ne pouvait pas, étant expatrié intermédialement, faire ressortir des éléments intéressants. Je crois qu’on est dans cette dynamique, proposée par François Jost, ici pratiquée sur l’oralité, mais c’est le même schéma, la même tournure d’esprit. Exporter le regard de l’oralité, pour Germain Lacasse, ou comme il le dit lui-même : « le point de vue de l’oralité est un laissez-passer pour une ouverture intermédiale, voire une ouverture interculturelle », lorsqu’il évoque, par exemple, la dimension éminemment orale du cinéma africain.


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