Découpage de Philippe Marion

3. Pratiques intermédiatiques

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Troisième regroupement possible, cette fois autour des pratiques esthétiques, culturelles de l’intermédialité. Donc il s’agit là de décrire des processus intermédiaux à l’œuvre dans les pratiques culturelles. Alors sans citer tout le monde ici, prenons Delphine Bénézet qui a évoqué la question de la géographie intermédiale dans des romans contemporains. En ce qui me concerne j’ai été intéressé – la synthèse est toujours subjective – par la convocation de l’univers des mangas, des comics, dans la typographie de certaines œuvres littéraires. Une sorte d’absorption des mangas dans la chair même du texte littéraire me semble intéressante.

Alors les lectures des contextes d’apparition toujours pétris d’intermédialité se voient aussi dans certaines manifestations de l’art contemporain, et là je pense au travail qu’a fait Elitza Dulguerova qui évoque la question du temps présent ou de l’actualisation au présent des expositions et des expériences d’installation d’expositions. Ce qui est intéressant là, me semble-t-il, c’est l’idée d’une mise en phase, pour reprendre le mot de Roger Odin, avec le temps présent. Une sorte d’embrayage sur l’indicatif présent pour prendre une métaphore grammaticale. Donc mise en phase du présent dans le contexte de l’apparition d’œuvres d’art dites autonomes justement. Donc c’est ça qui est intéressant.

La question de l’installation d’ailleurs est aussi au centre du propos de Bruno Lessard lorsqu’il tresse le lien entre intermédialité et corporéité dans l’installation les expositions notamment à caractère ou de type cinématographique. Alors ce qui m’a semblé intéressant à relever là c’est l’idée que il faudrait quelque part réintroduire la notion de tactilité dans la corporéité associée à la médialité ou à l’intermédialité. Il a montré par exemple que la manière dont on touche l’écran était une manière d’agir sur la représentation. Et au delà de ça je crois qu’on retrouve là la vieille métaphore, mais actualisée, concrétisée d’une certaine manière, des historiens de l’art lorsqu’ils parlaient de la tactilité de l’œil, le regard tactile qui est ici pris au pied de la lettre si je puis dire. On rejoint par ailleurs ici ce que je disais tout au début à savoir la définition de l’intermédialité, dans le sens d’une intermédialité sensorielle. Le premier média, si vous voulez, c’est une sorte de rhapsodie de sensations, comme dirait, je crois que c’est Husserl qui a dit ça, un dialogue entre les différentes médiations de nos sens qui est ici au centre des choses.

On a aussi abordé, toujours dans ce travail sur l’art, les formes de l’intermédialité dans les anagrammes, notamment les anagrammes [il s’agit plutôt de l’Anagramme d’idées sur l’art, la forme et le cinéma] de Maya Deren. Dynamique filmique, montage, à partir d’un travail sur l’écriture et c’était le propos intéressant développé par Julie Beaulieu à ce sujet là.

Alors la poétique de l’intermédialité ou la pratique de l’intermédialité a été aussi abordée, mais cette fois du côté du travail de la caméra par Karl Prümm lorsqu’il nous a rappelé, parce que je crois que c’était bon de se souvenir de quelqu’un qui est peut-être un peu trop oublié, du travail de Schüfftan notamment cette manière de jouer sur l’effet photographique dans certains dispositifs filmiques. Ça m’a semblé intéressant comme travail de la poétique de l’intermédialité cette fois.

Richard Bégin, et là on est au carrefour de la virtualité dont j’ai parlé tout à l’heure, nous a parlé non pas d’une intermédialité actuelle telle qu’elle peut se jouer dans certaines œuvres d’art, mais bien plutôt d’une intermédialité virtuelle. On retrouve là cette idée de virtualité. Notamment, il a travaillé sur Proust, en montrant comment Proust avait donné lieu à une adaptation de Raoul Ruiz et son travail sur Proust montre qu’il y a certaines œuvres, et sans doute toutes les œuvres, qui sont, non pas intermédiales, mais chargées de promesses intermédiales à des degrés divers. Donc elles sont, pour ainsi dire, lourdes d’adaptations futures. Elles appellent l’intermédialité : une intermédialité à venir. Elles irradient, d’une certaine manière, d’une intermédialité qui doit encore se concrétiser dans des adaptations futures.


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